Auteur: Arielle Granat

La célèbre revue américaine, The Lancet, vient à nouveau jeter le trouble au sein (c’est le cas de le dire !) des femmes ménopausées. Relayée dans les médias français, cette analyse synthèse de plusieurs études internationales, relance la polémique sur le traitement hormonal substitutif (THM). 

pharmacien prenant une boite pour le traitement hormonal de la ménopause, THM
Alors on continue ou non son traitement hormonal contre la ménopause ?

Alors on arrête son traitement ? On a demandé à Odile Bagot, gynécologue et auteur du livre Ménopause, pas de panique ! son avis sur le sujet. 

Les journaux français ont simplement repris l’article de l’AFP, qui nous simplement balancé tout à trac que :

• le THM (traitement hormonal de la ménopause) augmente bien le risque de cancer du sein de l’ordre de 1 cas supplémentaire pour 50 femmes traitées si on prend le progestatif en continu et 1 cas supplémentaire sur 70 si on  prend cette hormone par intermittence.

• au-delà de 5 ans de traitement, le risque de cancer du sein augmente et finit par doubler à 10 ans.

• et en prime, le sur-risque persiste jusque 10 ans après la fin du traitement.

 

À ce stade de votre lecture vous vous précipitez sur votre armoire à pharmacie pour jeter votre traitement hormonal à la poubelle, maudissez votre gynéco et faites un autodafé de son ordonnance. Tout doux !

Je vous rappelle d’abord l’exception française en la matière : le THM y associe l’oestrogène naturel (le 17 β Estradiol) par voie transcutanée en continu, et la progestérone micronisée biosimilaire, en discontinu, donc avec une pause de quelques jours par mois.

On est aux antipodes de la plupart des traitements  des américaines et des britanniques !

L’étude américaine prétend avoir évalué le risque relatif (RR) de cancer du sein pour toutes les formes de traitement, et toutes les durées, pour plus de 100000 femmes. Tous les types de progestatifs, vraiment ?

Des traitements THM différents selon les pays 

Cela a suscité mon étonnement car nous savons que le traitement « à la française » – dont la particularité est de faire appel à la progestérone biosimilaire – est très peu répandu aux USA. Je me suis donc attelée à la lecture de l’article original.

Et quelle ne fut pas ma surprise de lire, je cite : « In general, the RR did not differ substantially by the progestagenic constituent of the combinations, including rarely used hormones, such as micronised (naturel) progesterone » [En général, le RR ne diffère pas de manière significative selon le type de progestatif, y compris les hormones utilisées rarement comme la progestérone micronisée (naturelle)].

THM, la particularité française

Pire, ils trouvent un risque supérieur avec la progestérone micronisée, ce qui va complètement à l’encontre d’autres études, en particulier celle de Fournier et de son équipe de l’INSERM de l’Institut Gustave Roussy. Cette étude observationnelle révèle, sur un échantillon de 80000 femmes, que lorsque l’on utilise la progestérone micronisée, le risque relatif de cancer du sein est de 1 pendant les cinq premières années de traitement, autrement dit : le THM, sous réserve d’utiliser la progestérone micronisée en discontinu et pour une durée inférieure à 5 ans n’augmente pas le risque de cancer du sein !

Produits pour le THM
Le débat sur le THM de nouveau à la une des journaux

On ne trouve aucune discussion dans l’article américain sur cette discordance, ni d’un point de vue statistique – tirer une conclusion sur un tout petit échantillon (« rarely used hormones ») est pour le moins sujet à caution – ni clinique. En effet, il est tout à fait possible que les médecins qui ont prescrit le traitement avec la progestérone micronisée connaissaient les travaux français sur le moindre risque de ce progestatif et l’ont alors proposé à des femmes avec un facteur de risque personnel de cancer du sein, ce qui fausse les résultats.

THM, la France vs les Etats-Unis

Mais pourquoi donc les américains n’ont-ils pas tenu compte de cette étude française que pourtant ils citent dans leur bibliographie ? Il se trouve qu’ils ont été bien ennuyés en faisant leur revue de la littérature de constater que dans les études rétrospectives, le risque de cancer du sein était de 44% avec THM, alors que dans les études prospectives il était de 51 %. Du coup, il n’ont gardé que 24 études prospectives comptabilisant 108 647 cas et ont fait fi, entre autres, de l’étude observationnelle française !

Je ne vous cacherai pas que cela ne me surprend guère. Lorsque, dans mes jeunes années, j’avais effectué un stage de deux mois dans un service de gynécologie à Chicago, j’avais pu constater le mépris et l’ignorance de mes collègues américains pour toute littérature scientifique qui ne fût pas anglo-saxonne…

Tout cela vous semble peut-être bien technique, mais face à ces effets d’annonce, il faut toujours aller regarder à la source et je suis là pour partager mes recherches avec vous.

Un non scoop ? 

Ici, en l’occurence, rien de nouveau sous le soleil :

• tous types de traitements confondus, le THM augmente bien le risque de cancer du sein, c’est pas un scoop !

• sauf… si l’on utilise la progestérone biosimilaire, en discontinu, pour moins de 5 ans !

• au delà de 5 ans, le risque relatif est de 1,1 à 1,2 (à titre comparatif, c’est identique au RR de cancer du sein lié à une consommation d’alcool d’un verre de vin par jour)

En pratique, on fait quoi avec son traitement ?

on ne panique pas, et si l’on est inquiète, on réévalue la nécessité de son traitement avec son gynécologue à la prochaine visite.

• on ne se prive pas d’un THM si l’on en ressent le besoin (bouffées de chaleurs, troubles de l’humeur, sécheresse vaginale…), car les bénéfices sont plus importants que les risques non seulement sur la qualité de vie, mais aussi sur le risque osseux et vasculaire.

Il ne s’agit ni d’être pour, ni d’être contre le THM, mais d’évaluer pour chacune d’entre nous ses bénéfices et ses risques potentiels. En France, la recommandation officielle est de le proposer aux femmes qui ont des troubles climatériques (les bouffées de chaleur) vraiment invalidants. Mais cela ne doit pas nous enlever la liberté de choisir de nous traiter si nous estimons que notre qualité de vie en est améliorée, quelle qu’en soit la raison. Faisons nous confiance, discutons avec les professionnels de santé, et ne lâchons pas le morceau, avec ou sans traitement hormonal de la ménopause !

Retrouvez les différents articles d’Odile Bagot ici, sur les Boomeuses. 



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